Publié par : handistarts | 4 novembre 2011

Activités socioculturelles comme moyen de prévention de la violence à El Alto (Bolivie)

clip_image002[4]« Le mouvement culturel est fort à El Alto, car c’est une ville jeune, une ville qui bouge. Les jeunes cherchent des choses à faire ! » Ces mots de Fernando Lovera, l’un des responsables du Centre culturel Kalaqaya, reflètent une réalité, celle d’une ville dynamique certes… mais aussi une ville qui connait des problèmes dus à sa croissance très rapide. Pour combattre la violence qui y mine souvent les relations, plusieurs associations ont misé sur le développement d’activités socioculturelles et d’ateliers créatifs qui font la part belle à la réflexion et à l’apprentissage non formel.

El Alto, un contexte particulier

El Alto, ville satellite de La Paz, est la ville au taux de croissance le plus élevé d’Amérique latine. Caractérisée par un dynamisme incroyable, elle compte plus d’un million d’habitants, dont la majeure partie ont immigré des zones rurales et des centres miniers. La ville a grandi trop vite, et le manque de planification et de services basiques (électricité, eau, égouts, moyens de transport, espaces récréatifs pour les enfants et les jeunes, etc.) favorise l’insécurité urbaine, la promiscuité, les conflits au sein des familles, les situations d’abandon scolaire et de travail infantile.

Expressions de la violence au quotidien

Soutenue par l’ONG belge Louvain Développement, l’ONG CUNA a mis en place un projet de santé mentale à El Alto. Afin de répondre au mieux aux besoins de la population, l’équipe a mené cette année une enquête à large échelle auprès d’élèves, de parents, de professeurs et du personnel de santé de différents hôpitaux, l’objectif étant de dresser un portrait de la manière dont s’exprime la violence intrafamiliale et scolaire à El Alto. Les résultats de cette enquête montrent malheureusement qu’elle fait partie de la vie quotidienne, tant dans les foyers que dans les écoles…

Pour sensibiliser progressivement la population et changer les attitudes à tous les niveaux, l’ONG entend bien coopérer avec des organisations culturelles qui travaillent déjà avec des jeunes dans plusieurs quartiers de la ville, en favorisant des techniques créatives et dynamiques.

Un exemple d’organisation culturelle à El Alto : la Fondation COMPA

La Fondation COMPA est l’une d’entre elles, née en 1989 d’une idée d’Ivan Nogales, à l’époque étudiant en sociologie à l’université. Désirant prouver que le clip_image002théâtre pouvait être un moyen de réinsertion intéressant à utiliser avec des enfants des rues, il a commencé à organiser des ateliers de théâtre dans des centres de thérapie et de réhabilitation. Sa passion pour ce travail lui a donné envie de sortir ces enfants de là et les aider à être plus indépendants. Il a donc entrepris de transformer sa maison familiale du quartier de Ciudad Satelite à El Alto, et ainsi est née la première maison de la culture Compa.

Parallèlement a débuté la troupe de théâtre Compa Trono, qui comptait à l’origine sept jeunes, dont certains sont malheureusement assez vite retombés dans leurs anciennes addictions… Au fil des années, les activités de Compa se sont développées, particulièrement dans une optique de prévention, visant l’ensemble de la communauté.

Calle y Casa de la Cultura à Ciudad Satelite

La Rue de la Culture à Ciudad Satelite est un projet pilote en Bolivie lancé par la Fondation COMPA : un endroit où organiser des ferias, des expositions, des concerts… L’idée étant de faire quelque chose de résolument alternatif et de non commercial.

Le pôle principal de cette rue est la Maison de la Culture COMPA. Un lieu comprenant des espaces pour les ateliers artistiques et créatifs proposés par la Fondation, mais aussi une salle de théâtre, une salle de ciné et un studio de radio communautaire. « Notre radio est pirate nous explique Mayra, responsable de la communication. Notre volonté est que les médias soient plus démocratiques, qu’ils abolissent les barrières sociales, or, vu le prix des ondes radios, ce n’est pas le cas… Chez nous, tous les gens du quartier peuvent venir faire passer leurs messages, et les enfants et jeunes qui participent aux ateliers de radio sont ravis de créer et d’animer leurs propres émissions. »

L’importance de l’éducation non formelle

« Nous ne faisons pas de l’art pour faire de l’art, ajoute Mayra. Notre but c’est de transmettre quelque chose, de favoriser des échanges d’opinions. Plus de 150 enfants et jeunes fréquentent nos Maisons de la culture, et le fil rouge de tous les ateliers sont des thématiques de fond qui les intéressent. Les 25 personnes qui composent notre staff ont des formations variées (sociologues, communicateurs sociaux, artistes) et nous travaillons avec trois fois plus de jeunes animateurs et de volontaires. Notre conviction est en effet que, quand tu as appris quelque chose, ton devoir est de le partager avec la communauté. »

« Nous incitons les jeunes à réfléchir sur les questions de droits et de devoirs, du genre, de l’identité, des valeurs communautaires, du développement durable, de l’auto-estime, précise-t-elle.  Pour le moment par exemple, le groupe de théâtre prépare un spectacle sur le thème « Dans l’éducation, on partage ou on est en compétition ? », qui fera l’objet de spots audio visuels. Nous organisons aussi des ateliers avec les parents et les professeurs. Si nous voulons un changement global au niveau de la communauté, il faut que tout le monde soit impliqué dans le processus et collabore. Les pratiques doivent être les mêmes à la maison, à l’école et ici. »

Des antennes dans les quartiers d’El Alto

clip_image002[6]La Fondation COMPA, ce sont aussi 4 Maisons de la Culture dans des quartiers d’El Alto. « Lorsque nous avons ouvert la maison du quartier Villa Exaltacion, les jeunes du quartier étaient très heureux, car avant ça, ils n’avaient pas de lieu où jouer, nous explique Carla, la coordinatrice. Ensuite, ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient aussi apprendre des choses ici. Au début, ça a été un long travail pour les motiver à participer aux ateliers. Nous avons aussi dû prendre le temps de changer leurs mentalités et leurs attitudes. Beaucoup de garçons étaient très machos, refusaient de faire des activités avec des filles. Les cris, les insultes et les coups étaient aussi monnaie courante, mais peu à peu ils ont intégré les règles de vie au sein de la maison.

« Le matin, les jeunes vont à l’école. Ils viennent ici l’après-midi après avoir fini leurs devoirs et leurs tâches. S’ils ont besoin d’aide, ils peuvent en trouver ici, ajoute-t-elle. Ce n’est pas toujours facile de garder les jeunes sur du long terme et d’avoir une participation régulière aux activités. Certains vivent dans des conditions plus que précaires, ont des problèmes familiaux, et l’attrait de la rue reste très fort. Le travail est donc différent avec ceux qui viennent de manière sporadique et ceux qui font partie de groupes réguliers. »

Un travail en réseau

Pour COMPA, le travail en réseau est un point fort, c’est pourquoi la Fondation collabore avec des artistes, des volontaires, des collèges, des centres culturels… Elle fait également partie de plusieurs réseaux latino-américains, et organise régulièrement des tournées en Europe pour son groupe de théâtre.

Le Centre Kalaqaya Ayllu est une autre maison de la culture d’El Alto qui propose des ateliers de danse, théâtre et musique avec une volonté particulière d’enrichir la culture traditionnelle. « Pour nous, ce qui est important, c’est le développement des enfants et des jeunes, et nous pensons que les activités artistiques ont un rôle important à jouer en la matière nous explique Fernando Lovera, l’un des responsables de Kalaqaya. Nous offrons aux jeunes un espace où ils peuvent venir s’exprimer et se divertir de manière saine, loin des tentations de la rue. C’est à la fois un travail préventif et une réponse à un problème ! On ne peut pas changer le monde, mais on peut déjà changer quelques jeunes, puis le quartier et la communauté. Nous apprécions de travailler en réseau, un plus un sont plus ! »

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