Publié par : handistarts | 4 avril 2011

Agent orange et handicap au Vietnam

Lors de nos visites dans des centres et organisations au Vietnam, nous avons rencontré à plusieurs reprises des jeunes touchés par des handicaps dus aux effets de l’agent orange. Malformations congénitales, handicaps physiques et mentaux, stérilité, cancers, affections nerveuses et cutanées, de nombreuses pathologies peuvent être imputées à l’agent orange. Plus de trente ans après la fin de la guerre, les produits chimiques déversés par l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam continuent à faire des victimes dans le pays. Notre discussion avec Monsieur Nguyen Minh Y, de l’ « Association vietnamienne des victimes de l’agent orange », nous a permis d’en apprendre davantage sur cette problématique.

Une guerre chimique

IMG_5377-1 L’ « agent orange », du nom de la bande de couleur qui signalait les barils dans lequel il était stocké, est un produit désherbant à forte teneur en dioxine, dont des millions de litres ont été épandus lors de raids aériens de l’armée américaine durant la guerre du Vietnam. Ces épandages avaient principalement pour but de détruire les cachettes naturelles de l’armée Viet Cong (communiste), mais aussi d’affecter les récoltes et ainsi affaiblir l’ennemi. Ces zones d’épandage concernent environ 20% du territoire sud-vietnamien, mais la zone d’action des produits chimiques a été beaucoup plus vaste que cela, car ils se sont répandus largement dans l’air et l’eau.

Parmi les zones contaminées, certaines l’étaient plus que d’autres. Il s’agit essentiellement des axes et points stratégiques (le long des principales voies de communication, aux abords des bases américaines, etc.), où le désherbant était utilisé afin d’accroitre la visibilité et éviter ainsi des embuscades. En outre, les sols des bases aériennes étaient particulièrement pollués, car le matériel (citernes d’avions, futs, etc.) y était entreposé et nettoyé.

Les effets de l’agent orange sur l’environnement et la santé

L’agent orange a causé la destruction de précieux écosystèmes et a rendu de larges zones impropres aux cultures, mais il a aussi directement affecté des hommes, femmes et enfants, contaminés pendant la guerre ou après la fin de celle-ci : les soldats américains qui manipulaient le produit, les soldats et civils qui ont été pulvérisés lors des raids aériens, les personnes qui en ont absorbé à travers les produits cultivés sur les terres contaminées ou l’eau consommée (la dioxine étant un produit qui se dégrade très lentement), mais aussi leurs descendants.

L’une des caractéristiques de ce produit étant de s’attaquer entre autres au système hormonal et dans certains cas d’affecter les gênes, ses conséquences les plus visibles sont les malformations physiques qui touchent les fœtus, entrainant de nombreuses fausses couches et un taux élevé de mortalité infantile. « De nos jours au Vietnam, de moins en moins d’enfants naissent avec des difformités, grâce à la généralisation des échographies, nous explique Ngyen Minh Y, responsable des relations extérieures pour l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange. Cependant, les dioxines sont aussi à l’origine de nombreuses maladies moins « visibles », comme des cancers par exemple. La dioxine présente dans l’agent orange n’a donc pas tué directement ceux et celles qui ont été en contact avec le produit, mais, plus sournoisement, a eu un effet à retardement sur leur santé et sur leur descendance. »

VAVA (Association vietnamienne des victimes de l’agent orange)

imageF ondée par un groupe composé de victimes, de scientifiques, de juristes et de politiciens, l’ « Association vietnamienne des victimes de l’agent orange » est née en décembre 2003 et a plusieurs fonctions. La première est d’identifier les victimes. La seconde est de les informer par rapport à leur situation et de sensibiliser l’ensemble de la population vietnamienne. « Avant, peu de gens étaient conscients que leur maladie ou leur handicap était une conséquence de l’agent orange. Ils croyaient que c’était une punition pour leurs péchés, et le regard que la société leur portait était très négatif nous explique Nguyen Minh Y. Nous estimons qu’il y a au minimum 3 millions de personnes reconnues officiellement comme victimes de l’agent orange au Vietnam, mais le nombre de personnes affectées est bien supérieur à cela.»

« Le principal problème est que la plupart des victimes sont issues des classes les plus pauvres de la population, ajoute Nguyen Minh Y. Elles ne peuvent pas travailler pour des raisons physiques et le plus urgent est de leur apporter non seulement une aide médicale, mais aussi un logement. Après la guerre, notre pays était très appauvri, il fallait aider beaucoup de gens avec très peu de ressources, mais le gouvernement a pris des engagements et débloqué des fonds pour aider les victimes. De nombreuses familles au Vietnam sont touchées par le handicap, ce qui a évidemment des répercussions au niveau social et économique, car la prise en charge d’une personne handicapée ou gravement malade dans une famille provoque souvent une situation d’appauvrissement.»

La voix des victimes

La troisième fonction de l’Association est de mobiliser le soutien de la société, tant au niveau moral que matériel, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Enfin, elle assure également la représentation des victimes auprès du gouvernement vietnamien, mais aussi auprès d’organisations internationales.

Les vétérans américains se sont battus pour faire reconnaitre leur statut de victimes, et le gouvernement américain a reconnu 15 maladies dont l’origine est due à l’agent orange. Alors que les victimes américaines ont obtenu de recevoir une compensation, les choses bougent très lentement pour les victimes vietnamiennes, car le gouvernement américain ne reconnait pas les crimes commis en temps de guerre.

En 2004, l’Association des victimes vietnamiennes a intenté un procès aux USA contre 37 compagnies américaines ayant fabriqué les produits chimiques qui ont été utilisés pendant la guerre. Les difficultés auxquelles les plaignants vietnamiens ont dû faire face étaient nombreuses : l’affaire a été portée devant la justice et les lois américaines, les compagnies mises en cause étaient puissantes et bénéficiaient du soutien du gouvernement américain. De plus, le procès mettait le doigt sur des questions sensibles, comme celle des crimes de guerre commis par les USA… Les juges ont plusieurs fois rejeté les demandes et les appels des plaignants, mais le procès a quand même permis quelques timides avancées…

« Nous savions qu’il serait très difficile pour nous de mener ce procès aux Etats-Unis, mais nous l’avons surtout fait pour avoir un retentissement médiatique et toucher l’opinion publique américaine. Nous espérions qu’elle fasse pression sur le gouvernement afin qu’il finisse par accorder une aide au Vietnam. Cela a marché, se réjouit Nguyen Minh Y, les dirigeants ne nient plus en bloc la responsabilité de leur pays et les conséquences de l’agent orange et a accordé des aides pour décontaminer les zones les plus touchées. Pour ce qui est d’aider les victimes, il y a encore du chemin à faire… Il y a des initiatives d’aide à la population, émanant principalement de vétérans américains, car ils ont participé à la guerre, ils savent ce que c’est…»

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