Publié par : handistarts | 14 mars 2011

Ragamuffin, un projet d’art thérapie créative “dans le vent” (Phnom Penh, Cambodge)

clip_image002Imaginez un havre de paix dans la banlieue de Phnom Penh : un jardin zen qui abrite une maison-bateau où des espaces épurés sont égayés de touches de couleurs. Il y a deux ans, l’ONG Ragamuffin a ouvert ici un centre d’art thérapie . Celui-ci vient renforcer dix ans de travail pour diffuser des pratiques d’art thérapie créative auprès de professionnels travaillant dans le secteur psycho-social. Dans un pays où un pourcentage non négligeable de la population souffre d’une forme de trouble de santé mentale et où les psychiatres et psychologues sont très rares, l’équipe de Ragamuffin joue un rôle de formation crucial et offre également un accès à des séances de thérapie de groupe et individuelles.

 Interview de Charlotte Browning, dramathérapeute et coordinatrice du centre :

Quand et comment est né le Projet Ragamuffin au Cambodge?

Ragamuffin est né au Royaume-Uni en 1999 et a depuis essaimé dans plusieurs autres pays (Russie, Cambodge, Pérou). Carrie Herbert, qui est à l’origine de ce projet, est venue dans les années 90 au Cambodge comme infirmière. En travaillant sur le terrain, elle a pu se rendre compte des besoins immenses ici en matière de gestion du traumatisme des années de guerre et de violence.

Quelles sont les activités de Ragamuffin ici?

clip_image004Depuis 2004, nous proposons à des professionnels travaillant avec des publics fragilisés psychologiquement une formation de base d’un an en art thérapie. Depuis 2009, ceux et celles qui désirent approfondir les connaissances qu’ils ont acquises peuvent également suivre un module « avancé ». Il est extrêmement important que ces personnes soient bien formées, car elles seront amenées à travailler avec des personnes qui sont fragiles.

A côté de ces formations, nous proposons également des modules ciblés en fonction des demandes, et nous accompagnons les professionnels que nous avons formés. Nous travaillons avec de nombreuses associations au Cambodge, et notre volonté est de passer progressivement le relais aux professionnels cambodgiens, qui pourront diffuser à leur tour ce qu’ils ont appris.

Depuis septembre, en plus de nos activités de formation, nous organisons aussi des sessions de thérapie individuelles et de groupe. Celles-ci visent une centaine d’enfants et adolescents (10-15 ans) suivis par des ONG partenaires, principalement des enfants ayant subi trafic et violences.

En entrant ici, on est frappé par l’atmosphère apaisante qui se dégage des lieux. Est-ce important pour mener un processus d’art thérapie ?

Ce n’est pas une priorité, mais c’est fantastique si on peut avoir un lieu calme et clair, où l’on puisse à la fois se concentrer, mais aussi trouver des sources d’inspiration. Les patients qui viennent ici pour des sessions de thérapie de groupe ou individuelle ont besoin d’une structure sécurisante et rassurante, en opposition à leur vie qui est bien souvent chaotique… La maison ressemble à un bateau, c’est un peu comme une métaphore pour la thérapie : un bateau dans la tempête…

imagePourriez-vous nous résumer en quelques mots quel est pour vous l’intérêt de l’art thérapie ?

Pour moi, le terme « art thérapie » est ambigu, je préfère le terme « art thérapie créative ». En tant que dramathérapeute, mon rôle est de faciliter un mieux-être, une guérison émotionnelle chez d’autres personnes à travers des techniques créatives et artistiques. La médecine peut avoir sa place dans un tel processus, mais souvent, elle occulte la douleur. Au contraire, la thérapie explore cette douleur et lui fait de la place, ce qui est un premier pas dans un processus de guérison.

L’art thérapie doit-elle être adaptée en fonction de la culture des patients ?

Je pense que les thérapies basées sur les arts et la créativité transcendent les différences culturelles et peuvent être utilisées partout, car la créativité est quelque chose d’universel. Bien sûr, il faut être attentif à des éléments culturels spécifiques qui peuvent parfois conduire à des malentendus… Au Cambodge par exemple, il est extrêmement impoli de hausser la voix. Or, lorsque je mène un groupe en dramathérapie, il m’arrive souvent de parler bien fort, ce qui ici, n’est pas du tout perçu de la même manière qu’en Europe…

Est-ce facile d’explique ce qu’est l’art thérapie au Cambodge ?

Non, ce n’est pas facile, parce que c’est un concept nouveau ici, et il peut y avoir certaines barrières… Le mieux, pour faire comprendre, c’est de montrer pratiquement en quoi cela consiste!

 

Merci beaucoup d’avoir répondu à nos questions et bonne continuation!

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