Publié par : handistarts | 13 février 2011

Orphelinats au Vietnam, des visites « express » au volontariat de plus longue durée

« A l’origine, je cherchais uniquement à trouver quelques personnes prêtes à donner un peu de leur temps pour jouer avec les enfants handicapés de l’orphelinat, je ne pensais pas que cela prendrait tellement d’ampleur… Aujourd’hui, la visite de l’orphelinat est quasi devenue un « must » pour les touristes venant à Hoï An, et, même si cela part souvent d’une bonne intention, cela perturbe les activités menées avec les enfants », déplore Jackie Warter, responsable de la Fondation Kianh. Ce témoignage n’est pas un cas isolé. En effet, de plus en plus de touristes consacrent quelques heures – voire moins – de leurs vacances à « visiter » un orphelinat, un phénomène qui peut amener à des dérives malsaines… d’autant plus que certains tour opérateurs commencent à surfer sur cette vague… « C’est facile de trouver des volontaires, continue Mme Warter, mais difficile d’en trouver des bons, prêts à s’impliquer pour une période plus longue, ce qui est bien plus bénéfique pour tout le monde ! »

La Fondation Kianh : diffusion de bonnes pratiques

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Lors d’un voyage au Vietnam en 2001, Jackie Warter a été choquée par les conditions de vie des enfants handicapés du Hoï An Orphanage et a souhaité les aider. C’est ainsi qu’est née la Fondation Kianh, dont l’objectif premier fut d’équiper et de former le personnel de l’orphelinat afin de développer des services adaptés pour les enfants, qui, jusque là n’étaient absolument pas stimulés.

Nombre d’entre eux souffraient de handicaps dus à l’effet de l’agent orange, un poison chimique répandu par les Américains durant la guerre du Vietnam. Un autre article de ce blog abordera très prochainement ce sujet.

La Fondation a donc fait appel à plusieurs spécialistes afin de dispenser des formations en physiothérapie et en éducation spécialisée au personnel de l’orphelinat, qui, au départ, n’était pas vraiment convaincu du bien-fondé de ces méthodes… Mais peu à peu, les nouvelles pratiques mises en place ont porté leurs fruits. « Le principal changement que j’ai pu observer, c’est qu’en plus d’avoir amélioré leurs capacités de mouvement et de parole et d’avoir enfin eu accès à une éducation adaptée laissant la place à des méthodes créatives, les enfants de l’orphelinat sont devenus heureux, ce qui est le plus important ! » constate Mme Warter

La Fondation Kianh s’est aujourd’hui lancée dans d’autres projets dans les environs d’Hoï An, comme l’ouverture d’une maison communautaire pour les jeunes de 18 ans qui sortent de l’orphelinat, et d’un centre de jour pour enfants. « Beaucoup de familles recourent au placement dans un orphelinat car elles ne reçoivent aucun support de la communauté et du gouvernement et n’ont pas les moyens de s’occuper de leur enfant handicapé… C’est pourquoi nous avons décidé d’ouvrir un centre de jour de proximité, offrant des services de santé et des programmes éducatifs. Ainsi les enfants seront pris en charge la journée et pourront continuer à vivre avec leur famille.»

Favoriser un tourisme responsable

Après presque dix ans de collaboration, et suite à des divergences d’opinions sur la manière d’y gérer les « visites » de touristes, la Fondation a mis un terme à sa collaboration avec l’orphelinat d’Hoï An. Au Vietnam, mais aussi au Cambodge, cette mode des visites d’orphelinats et d’institutions spécialisées se développe très vite, il suffit pour s’en rendre compte de faire une petite recherche sur Internet. On ne compte plus le nombre de blogs, d’albums photos et de séquences vidéos sur You Tube où des touristes relatent ces visites, qui sont encouragées par des directeurs et directrices peu scrupuleux. Cette nouvelle mode et les dérives qu’elle peut entrainer (risque de transformer les institutions en « zoos », perturbation de l’équilibre des enfants, détournement des donations, etc.) pose évidemment de nombreuses questions éthiques.

Même si parfois le touriste n’a pas choisi de se retrouver dans ce genre de lieux (les tours opérateurs incluent régulièrement ces visites dans le programme d’une excursion), il peut choisir l’attitude qu’il y adoptera… Cela lui ferait-il plaisir que des cars d’étrangers débarquent pour observer ses enfants jouer à l’école ou pour le regarder travailler ? Aurait-il envie qu’on le mitraille à grands renforts d’appareils photos ?

Il est possible de soutenir de manière intelligente et respectueuse des projets porteurs (et il en existe !) dans ces pays, en utilisant son bon sens et en se renseignant sur les associations qui les mènent. L’association est-elle reconnue ? Quels sont ses besoins sur le terrain ? A quoi les dons en nature ou les donations sont-ils destinés ? On peut aussi soutenir une organisation en achetant des produits qu’elle fabrique ou en assistant à des spectacles qu’elle organise à des moments bien définis, sans s’immiscer dans les activités quotidiennes.

En agissant ainsi, on reconnait les organisations qui font du travail de qualité et on s’oppose au développement de projets « douteux » qui profitent du développement de cette nouvelle forme de tourisme. Cela étant, il n’est pas toujours facile de faire la différence, car, sur papier, toutes les organisations ont évidemment de très bonnes intentions…

S’engager à plus long terme

clip_image002[7]Soutenir des projets ne doit pas nécessairement passer par une aide matérielle ou financière, on peut aussi choisir de donner de son temps et de partager ses compétences !

L’implication à court, moyen et long terme (quelques semaines/mois/années) de volontaires locaux et étrangers dans un orphelinat peut être très positive à plusieurs égards, la direction du Son Tay Orphanage l’a bien compris ! « Le centre Thuy An encourage des personnes extérieures à venir travailler ici nous explique Nguyen Ngoc Dê, vice-président. Même s’ils ne sont pas orphelins, beaucoup d’enfants résident ici et ne voient que très peu leur famille. Ca les rend heureux de voir des gens extérieurs. Les camps internationaux durent minimum deux semaines, ainsi les volontaires peuvent apprendre à connaitre le fonctionnement du centre et la culture du Vietnam et construire une vraie relation avec les enfants. Cette ouverture à l’autre est bénéfique à la fois pour les enfants et pour les volontaires qui viennent ici. »

Quelles sont les motivations des volontaires internationaux qui choisissent de participer à un chantier à Son Tay ? « J’ai pour projet de travailler avec des enfants dans le futur, donc ce chantier est pour moi une première expérience, nous confie Yeunsuu, une volontaire sud-coréenne. J’ai particulièrement apprécié de participer aux séances de réhabilitation.»

Ont-ils peur de l’inconnu ? Pas vraiment ! « J’avais quelques appréhensions, je savais que cela allait être un peu difficile, mais c’est ça que je voulais faire. Je crois que c’est une expérience plus satisfaisante que d’autres chantiers considérés « plus faciles ». Les enfants qui vivent dans cet orphelinat sont heureux et contents que nous soyons là, une telle joie de vivre me touche et ce sera certainement ce que je retiendrai de mon séjour ici, ajoute Jérémy, un volontaire canadien»

Un programme varié pour les enfants du Son Tay Orphanage

L’orphelinat (ou plutôt le pensionnat, car peu d’enfants sont réellement orphelins) accueille plus de 170 enfants, et est l’un des centres spécialisés dans la réhabilitation physique au nord du Vietnam. De nombreuses familles viennent à Son Tay pour des consultations médicales et des séances de physiothérapie, durant lesquelles les parents apprennent les gestes qu’ils peuvent faire à domicile afin d’améliorer la motricité de leurs enfants.

La direction du centre veille à ce que le personnel ait accès à une formation continuée au Vietnam, et encourage aussi la venue de professionnels étrangers, qui apportent souvent de nouvelles idées, pratiques et techniques.

« Cela fait trois mois que je travaille ici. Lorsque je suis arrivée, j’éprouvais de la tristesse car plusieurs enfants qui fréquentaient l’atelier couture étaient sourds-muets, mais maintenant je suis contente, car je vois ce dont ils sont capables. Quand je suis arrivée, j’ai appris la langue des signes. Au début, c’était dur de communiquer, mais là ça va mieux, nous confie Phan Thi Yên, la professeur de couture. Les enfants sont motivés, car ils peuvent choisir les ateliers auxquels ils veulent participer. »

En effet, avant les cours « traditionnels » de l’après-midi, les enfants les plus âgés ont la possibilité de participer à des ateliers divers (couture, broderie, tissage, fabrication d’encens) qui à terme, devraient leur assurer une possibilité de trouver un petit emploi et donc un revenu pour soutenir leur famille.

 « Lorsque je suis arrivée ici il y a 5 ans, j’ai appris à coudre, c’est bien pour moi, ça m’aide à améliorer les mouvements clip_image004de ma main nous confie Xuan [ndlr : Xuan souffre d’IMC]. J’aime confectionner des tee-shirts et des uniformes pour les autres enfants. Je fais des choses de plus en plus compliquées, c’est gai de voir mes progrès et je suis heureuse de voir que les autres portent ce que j’ai fabriqué. Dans le futur, je voudrais continuer à coudre pour les gens, faire ce travail chez moi et gagner de l’argent pour ma famille. »

 

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