Publié par : handistarts | 23 novembre 2010

Centre Gasteni (Racaciuni, Roumanie)

IMG_2757 Nous sommes arrivés au centre Gasteni un soir d’octobre. D’où venions-nous ? Pourquoi étions-nous là ? Combien de temps resterions-nous ? Des résidents curieux s’arrêtaient à notre passage pour nous poser des questions, et des mains tendues fusaient de toutes parts pour nous saluer. Ces mêmes mains, nous les avons vues les jours suivants : modeler des bougies, plier des origamis, tricoter, tresser l’osier, jouer de la trompette, manier des marionnettes… Des mains expertes ou timides, débutantes ou rapides, des mains qui révèlent quantité d’histoires…

En effet, même s’ils sont nombreux, les résidents sont bien plus que des numéros de dossiers. A Gasteni, la personnalité de chacun est respectée, que ce soit pour le choix de la décoration de son espace personnel dans sa chambre ou son programme d’activités quotidiennes. Le large choix d’activités proposées constitue d’ailleurs l’originalité de ce centre et reflète la volonté du directeur et du personnel d’encourager l’épanouissement de chacun.

Cependant, les conditions de vie à Gasteni n’ont pas toujours été aussi bonnes… Avant la chute du communisme, ce « centre de fous » comme il était appelé à l’époque accueillait 450 résidents et des pratiques irrespectueuses des droits humains y étaient monnaie courante (abus, violences, surmédication…). Avec l’arrivée du Dr Necula à la direction du centre en 1992, les choses ont peu à peu commencé à changer. « Les quatre premières années furent une grande bataille pour essayer de changer les mentalités et les pratiques ici, nous explique le Dr Necula. Au début, la priorité fut d’améliorer les conditions de vie basiques des résidents et de diminuer drastiquement les doses de médicaments utilisés, car la plupart d’entre eux n’en avaient pas besoin ! Ensuite, en nous inspirant de ce qui se faisait dans d’autres pays, comme en Suisse ou en Angleterre, nous avons progressivement instauré une autre philosophie et d’autres pratiques à Gasteni. On a vu un réel changement dans les attitudes du personnel qui travaillait déjà ici avant, ce qui est très positif. Avant d’avoir ce regard extérieur sur leur travail, ils ne pensaient pas qu’ils pouvaient le faire autrement. »

Et concrètement …

A Gasteni, tout est organisé pour favoriser la mixité et la socialisation des résidents. Le centre accueille 250 adultes handicapés mentaux ou schizophrènes – un mélange assez rare dans ce type d’institutions – qui sont répartis en « modules » de 30/35 personnes. Chacun de ceux-ci est organisé autour d’une salle commune et est supervisé par une équipe de référence (une assistante sociale, une infirmière et 3-4 travailleurs sociaux). L’idée est de créer des liens entre les résidents, mais aussi entre les résidents et le personnel. « Ce dont ils ont le plus besoin, nous confie Vali Racila, ce n’est pas de la pitié, mais de l’attention et de l’affection. »

« Nous les encourageons à prendre part à tout ce qui se passe ici, à être responsables et à prendre des initiatives, continue le Dr Necula. Nous essayons de valoriser les capacités de chacun. » Ainsi, certains participent aux tâches quotidiennes (cuisine, lessive, travaux de réparation et d’entretien…) du centre, ou vont même effectuer de menus travaux chez les gens du village. En effet, les résidents peuvent sortir librement, et leurs contacts avec l’extérieur sont encouragés. Cette politique d’ouverture a permis de changer le regard porté par les gens des alentours sur les personnes handicapées ou malades mentales.

Dans le centre lui-même, les activités sont nombreuses, qu’elles soient extérieures (cultiver les terres, s’occuper des animaux, etc.) ou intérieures (ateliers créatifs, club room avec jeux et TV, salle de lecture, etc.). Toute occasion d’organiser une fête est aussi la bienvenue, d’autant plus que le centre dispose d’une troupe de musiciens et comédiens toujours prête à mettre l’ambiance !

Ateliers créatifs et théâtre à Gasteniimage

Le centre encourage la créativité des résidents au quotidien. D’une part, en organisant des ateliers variés (vannerie, origamis, dessin, tissage, etc.) dont les produits sont utilisés au centre ou mis en vente ; et, d’autre part, en ayant formé une troupe d’artistes dont les spectacles sont joués dans d’autres institutions, mais aussi dans des écoles, lors de festivals ou de manifestations diverses.

L’une des chevilles ouvrières de ce projet est Vali Racila, psychologue de formation, mais surtout acteur et musicien de talent. Depuis 2003, il travaille à Gasteni et plusieurs autres institutions de la région. « Les projets artistiques théâtraux et musicaux que nous menons sont très importants pour améliorer les capacités des résidents à communiquer. La société doit être prête à les inclure, mais eux doivent aussi être capables de communiquer lorsqu’ils sont en société ! Pour certains, qui ont été institutionnalisés toute leur vie, cela ne va pas de soi… »

A travers ces projets, les résidents peuvent non seulement développer leurs talents artistiques, mais aussi faire passer un message, symbolisé par le slogan « Nous sommes tous comme vous », issu de la chanson qui clôt chacun de leurs spectacles. Leur plus belle réussite fut la diffusion de l’un de leurs spectacles d’ombres à la TV nationale, ce qui leur a valu une certaine reconnaissance à l’échelle du pays, et a récompensé la rigueur et la qualité de leur travail.

« Notre rêve serait de pouvoir refaire une tournée à travers la Roumanie, comme celle que nous avons faite il y a quelques années, nous confie Vali Racila. Un autre projet serait aussi de remettre en service le réseau radio et TV du centre, afin que les résidents puissent à nouveau produire et diffuser des émissions. Nous filmons régulièrement la vie quotidienne du centre et tous les évènements auxquels prennent part les résidents (spectacles, festivals, compétitions sportives, etc.). L’un d’entre eux, Adrian, travaille au montage de ces vidéos et ce serait vraiment bien de pouvoir en faire profiter tout le monde. Malheureusement, le matériel de diffusion est obsolète et n’a plus pu être utilisé ces dernières années. »

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Si le Centre Gasteni est considéré comme un modèle en Roumanie, c’est autant pour les pratiques novatrices mises en place par l’équipe qui y travaille – de nombreux membres du personnel ont d’ailleurs été formés à l’utilisation de pratiques créatives en institutions – que pour sa participation active à un réseau d’institutions et d’associations travaillant dans le secteur social dans le comté de Bacau.

A titre personnel, c’est surtout l’ « âme » de ce lieu qui nous a frappés, et nous a d’ores et déjà donné envie d’y retourner !

Pour accéder à l’album photo, cliquer ici

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