Publié par : handistarts | 7 octobre 2010

International Workshop « Arts in difference » (Pécs, Hongrie)

clip_image002Au détour d’une rue de Pécs, ville européenne de la culture 2010, les passants ont l’attention attirée par une voix, un rythme… Un peu plus loin, un petit attroupement s’est formé autour d’un trio d’artistes: au micro, Rik Meijers déclame son dernier poème sur un accompagnement musical peu conventionnel de Damien Magnette, qui tire parti de tous les sons qu’il peut créer autour d’une chaise roulante. A côté d’eux, Isabelle Denayer improvise une choréographie qui colle parfaitement au rythme de la musique.

C’est le principe du happening: un groupe de personnes investit l’espace urbain et propose une performance aux gens qui passent. Dans ce cas particulier, il s’agit d’un groupe mixte d’artistes handicapés ou non, Belges, Hollandais et Hongrois, qui participaient à un atelier international d’une semaine à Pécs: « Arts in difference ».

Cet atelier est la troisième et dernière rencontre des artistes, qui avaient déjà travaillé ensemble en Belgique en 2008, et aux Pays-Bas en 2009. Pour la petite histoire, la collaboration avec la Hongrie avait été initiée par le directeur du centre culturel hongrois de Bruxelles, qui regrettait que, contrairement à ce qui se passait dans le Benelux, les personnes handicapées étaient si peu visibles dans l’espace public en Hongrie.

clip_image004Partant de cette idée, Luc Vandierendonck (Vzw Wit.h, Kortrijk), Phia Verstraete (Een nieuwe wind, Goes) et Carine Fol (Musée Art et Marges, Bruxelles) avaient imaginé une troisième rencontre dans le cadre de « Pécs, ville europénne de la culture 2010 », en mettant l’accent sur des pratiques novatrices et expérimentales et sur la visibilité du travail des participants. Ceux-ci ont donc relevé le défi de montrer leurs talents artistiques dans les rues de la ville, ce qui n’était pas du tout habituel pour eux, comme en témoigne Jacques Denayer, papa d’Isabelle : « Pour Isabelle, il était difficile de travailler en dehors de ses habitudes de l’atelier (support de peinture vertical, contre un mur, matériel différent…)». [Extrait de l’interview]

L’atelier s’articulait autour de différentes disciplines (danse, musique, mime, poésie, peinture, travail du tissu) et mettait à l’honneur la créativité, la spontanéité et l’humour des participants. Il constituait l’un des trois volets de la semaine « Arts in Difference ». En effet, celle-ci a aussi permis l’organisation d’une conférence sur le thème « Art and the inclusion of people with disabilities », ainsi que l’inauguration d’une exposition « Dialogues sans marges » mise sur pied par Carine Fol, directrice du Musée Arts et Marges de Bruxelles. Pour la première fois, des oeuvres de la collection de l’hôpital psychiatrique de Pécs sont montrées au public et mises en dialogue avec des oeuvres d’art outsider de la collection du Musée Art et Marges, autour de différents thèmes tels que le corps, les mondes imaginaires, les inventions, les portraits, etc.

Nous avons vécu durant deux jours dans la joyeuse atmosphère multiculturelle de ce groupe, et lorsqu’il s’agissait de mettre l’ambiance, les participants belges étaient bien présents! Les Liégeois reconnaitront peut-être sur les photos l’artiste Messieurs Delmotte, dont le look inimitable et les performances pleines d’absurde et d’auto-dérision en duo avec Arnaud Rogard auront certainement intrigué le public hongrois!

En suivant les prestations de Rik, Isabelle, Arnaud, Damien et Messieurs Delmotte dans les rues, nous avons pu percevoir les regards que les passants portaient sur eux: certains étaient fuyants, d’autres restaient indifférents, mais la plupart étaient curieux, amusés, impressionnés. Beaucoup s’arrêtaient d’ailleurs pour prendre des photos ou filmer le petit groupe. Une chose est sûre: les artistes ont atteint leur but: ils se sont fait remarquer! C’est d’ailleurs le meilleur souvenir d’Isabelle concernant son séjour à Pécs: "J’ai beaucoup aimé danser et peindre dans la rue, quand les passants venaient regarder et qu’ils avaient des réactions comme ‘”BRAVO! SUPER!”

LE REGARD DE PARENTS : INTERVIEW DE JACQUES ET ELISABETH DENAYERIMG_1254

Isabelle Denayer est une artiste aux multiples talents. Très tôt, ses professeurs ont remarqué à l’école son don pour le dessin et ont suggéré à ses parents de l’encourager dans cette voie. Depuis qu’elle a 16 ans, Isabelle fréquente les ateliers du Créahm : l’atelier théâtre, qui l’a amenée à jouer dans plusieurs pièces ainsi que dans le film « Le huitième jour », mais aussi l’atelier d’arts plastiques. Isabelle a également joué du trombone et adore la danse.

– En tant que parents, quel regard portez-vous sur ces activités et ces projets ? Qu’ont-ils apporté à votre fille ?

Nous avons bien de la chance d’avoir connu le CREAHM, car ces activités et ces projets réalisés sont une vraie raison de vivre pour elle, surtout le théâtre,  interrompu malheureusement , qui lui a apporté une aisance en  société et bien des apports pour son épanouissement personnel, car, dans ce cadre , les participants faisaient aussi un travail de la voix (très précieux pour remédier à l’articulation difficile pour eux*), de l’expression corporelle, de l’apprentissage de l’occupation de l’espace, de la relaxation, et de la mémorisation évidemment… Actuellement, elle fait de la danse et des arts plastiques au CREHAM et du théâtre , de l’expression corporelle et de la création d’histoires au Silex […] Tous ces moyens d’expression d’elle-même ont participé grandement à son épanouissement personnel et sa sociabilité.

– Monsieur Denayer, comment avez-vous vécu la semaine à Pécs en tant que papa d’Isabelle, et participant fortement impliqué dans la promotion des activités de la semaine ?

J’ai bien aimé vivre cette semaine à Pécs. L’ambiance dans le groupe était très bonne: naturelle et chacun était quelqu’un pour l’autre. J’ai pu constater la grande différence d’intégration sociale des personnes moins valides en Hongrie par rapport à chez nous ; c’était d’ailleurs un but de cette semaine: par le travail dans la rue, attirer l’attention des passants sur les possibilités des personnes moins valides. J’ai vu Isabelle participer activement à cette semaine avec plaisir et de manière naturelle. Au niveau du groupe "peinture" que j’ai surtout suivi, j’ai constaté que c’était le peintre "sans problème" qui attirait l’attention des passants et j’ai regretté que les peintres moins valides n’étaient que deux et parfois seul. Pour Isabelle, il était difficile de travailler en dehors de ses habitudes de l’atelier (support de peinture vertical, contre un mur, matériel différent…) […]

– Selon vous, l’aspect international du workshop est-il un « plus » ?   

C’est difficile à dire. Pour nous, oui, car c’est toujours intéressant de rencontrer des façons de faire et des projets différents des nôtres, cela donne des idées et ouvre l’esprit. Pour Isabelle qui aime parler et écouter les autres, la barrière de la langue était un vrai obstacle, et elle le regrettait.

 

*Les personnes atteintes de trisomie 21 sont atteintes, à des degrés divers, d’hypotonie musculaire.  Au niveau des muscles bucco-phonateurs, cela se marque souvent par des difficultés d’articulation.

 

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