Publié par : handistarts | 19 septembre 2010

Centre d’Art Brut Gugging (Maria Gugging, Autriche)

clip_image002

 Lors de nos rencontres en Belgique, nous avions à plusieurs reprises entendu parler du Centre Gugging, situé à la périphérie de Vienne. Dans ce haut lieu de l’art brut règne une ambiance propice à la liberté de création. Les bâtiments eux-mêmes ont une âme, que ce soit dans le registre de l’épuré, du côté du musée et de la galerie, ou dans le registre du coloré-un peu déjanté, du côté de la maison des artistes.

La première partie de notre visite fut la rencontre avec le charismatique Dr Feilacher qui, autour d’une tasse de café, a retracé l’histoire et la mission poursuivie par le Centre d’Art Brut Gugging. De ses débuts en tant que « Centre pour Art Psychothérapie » dans les années 50, à l’ouverture du Musée en 2006, en passant par la création de la Maison des artistes et de leur galerie, que de chemin parcouru!

Après un détour par la galerie, où différentes oeuvres d’art brut sont en vente, nous avonclip_image003s pu découvrir le musée. Celui-ci présente une collection permanente d’oeuvres d’artistes issus de la maison des artistes de Gugging, « Gugging classics ! », mais aussi des expositions temporaires qui changent régulièrement et qui ont pour but de proposer un dialogue entre des oeuvres d’art brut et/ou contemporain. A l’affiche en ce mois de septembre: des oeuvres d’Aloïse Corbaz et les « Hauser’s Frauen »; et en préparation pour octobre, une exposition mettant en dialogue des boucliers traditionnels de Nouvelle Guinée et les productions en textile de l’artiste américaine Judith Scott.

Bien que l’accent soit mis sur la qualité de la production artistique, l’aspect social n’est jamais très loin. Le moment que nous avons passé au studio nous a permis de constater à quel point l’aspect relationnel est important pour les artistes qui vivent à Gugging au quotidien.

Le studio est un lieu de création ouvert à tous, artistes du centre et personnes extérieures. Ce fut l’occasion pour nous de mettre un visage sur certaines des signatures que nous avions repérées au cours de notre visite et de pouvoir discuter avec Ramona Schnekenburger, la responsable de ce lieu de travail, et plusieurs artistes présents ce jour-là. Nous avons ainsi fait la connaissance d’Andi, dont les toiles nous avaient particulièrement plu!

clip_image004Comme nous l’a rappelé le Dr Feilacher, il est important de prêter attention aux termes que l’on utilise. En effet, comme nous l’avions déjà signalé dans un autre article de ce blog, les définitions dans ce domaine ne font pas l’unanimité… L’art brut est un genre artistique bien particulier, et ne doit pas devenir un terme que l’on colle à n’importe quelle réalisation émanant d’une personne handicapée mentale ou malade mentale.

Certes, de nombreuses initiatives encourageant l’expression artistique de ce type de public existent, mais il faut bien distinguer celles qui conduisent à des productions qui peuvent réellement prétendre relever de l’Art, de celles qui ne font pas partie de ce monde aux codes et circuits bien particuliers. IMG_0723'

En effet, les critères de spontanéité dans la création et l’aspect esthétique sont déterminants, et il n’y a pas de raison qu’il y ait davantage de personnes dotées d’un réel talent artistique, parmi les personnes handicapées ou malades mentales que parmi la population en général… Cela étant, comme l’a très clairement précisé le Dr Feilacher, cela ne veut pas dire que l’expression artistique doit être réservée aux plus doués, car quel que soit le niveau auquel elle est pratiquée, elle constitue une importante source de lien social et de valorisation. 

Depuis sa naissance, le projet Gugging a pris beaucoup d’ampleur, mais il a su garder une grande cohérence entre les différentes facettes qui le caractérisent. En effet, tout se déroule au même endroit: de la production émanant des artistes « Gugging » jusqu’à l’exposition, la vente et la valorisation, avec en plus une large ouverture sur le monde et un travail en réseau.

En tous cas, malgré l’ampleur des projets menés et sa réputation internationale, le centre Gugging a su garder une atmosphère « familiale » et nous avons été touchés par l’accueil simple et chaleureux qui nous a été réservé.

 

Un peu d’histoire…

A partir des années cinquante, le psychiatre Léo Navratil commence à s’intéresser aux productions de ses patients dans un but de diagnostic. En 1980, il loge les patients les plus talentueux sous un toit: le «Centre pour Art psychothérapie». C’est le moment des premières expositions en Europe.

En 1986, lorsque Dr Feilacher succède à Navratil, il change le nom du centre en «Hauses der künstler », «  Maison des artistes » et modifie ainsi son orientation en mettant davantage l’accent sur le talent artistique de ses occupants que sur leurs pathologies/déficiences. En effet, pour lui, il est très important de dissocier la sphère privée (aspects médico-sociaux) du travail artistique qui est présenté au public.

La deuxième étape fut la création d’une association permettant aux artistes d’être les propriétaires d’une galerie d’art où ils pouvaient vendre leurs oeuvres.

La troisième phase, qui débuta à la fin des années 90, fut la création d’une fondation pour rassembler les oeuvres d’art brut et créer ainsi le musée Gugging, qui a ouvert ses portes en 2006.

 

Illustrations de: Rudolph Horacek (Rudolph Horacek in Mannswörth, 1984) et Arnold Schmidt (Twei Figuren, 2009)

Pour plus d’informations: http://www.gugging.org/

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :